Transloadit prédit la domination de la tech ouverte d’ici 2028
Notre prédiction a également été publiée dans une version plus courte chez Streaming Media, dans ses Executive Predictions 2018.

Quand je pense à 2018, l’une de mes prédictions est que nous verrons un nombre écrasant d’entreprises passer aux technologies ouvertes. D’ici dix ans, je m’attends à ce que toute technologie back-end couronnée de succès et d’une complexité significative soit open source. Il est déjà difficile de citer un marché où l’open source n’a ni le plus d’élan, ni une position déjà totalement dominante. Cela se vérifie qu’il s’agisse de systèmes d’exploitation mobiles, d’orchestration cloud, de navigateurs ou de logiciels de transcodage. Dans tous ces domaines, beaucoup d’argent se gagne encore, mais ce sont surtout des entreprises qui parviennent à fournir des services complémentaires autour d’un cœur open source qui le gagnent.
De nombreux acteurs majeurs du marché technologique, qui gardaient traditionnellement leur technologie jalousement, commencent désormais à miser sur l’open source. Microsoft, par exemple, semble avoir enfin vu la lumière et réalise que les technologies ouvertes peuvent lui être très bénéfiques. Microsoft Edge repose sur un moteur open source, hébergé sur GitHub. Windows 10 intègre Linux, tout comme Azure. Oracle est un autre excellent exemple. L’entreprise acquiert désormais des solutions ouvertes pour les machines virtuelles et des bases de données supplémentaires afin de compléter son offre commerciale. En l’état, aucune nouvelle base de données propriétaire n’a connu le succès depuis plus d’une décennie, tandis que les variantes open source prospèrent.
Et c’est logique : si votre entreprise choisit sa prochaine base de données, préféreriez-vous un standard et un écosystème ouverts, un vivier de développeurs déjà familiers avec la technologie parmi lesquels choisir, et la possibilité d’acheter des contrats de support auprès de plusieurs entreprises concurrentes ? Ou préféreriez-vous mettre tous vos œufs dans le même panier, et placer ainsi le sort de toute votre activité entre les mains d’une seule entreprise ? Bonne chance pour négocier un meilleur tarif l’année prochaine !
Même Apple a ouvert le code source du noyau d’iOS et de macOS. Bien que l’entreprise ait choisi d’adopter le codec HEVC dans ses dernières versions, nous verrons en 2018 un nouveau codec ouvert appelé AV1, entièrement libre de redevances et soutenu par Amazon, AMD, ARM, Cisco, Google, Intel, Microsoft, Mozilla, Netflix, Nvidia et bien d’autres. Transloadit s’est déjà engagé à être parmi les premiers à le prendre en charge.
En ce qui concerne notre propre entreprise, les avantages d’être « ouvert par défaut » sont évidents. Depuis notre lancement en 2009, nous avons pour politique que tout nouveau logiciel que nous créons soit de préférence open source. Nous pouvons y déroger, mais il faut pour cela de très bonnes raisons. Cela nous aide à contrer l’instinct qui pousse à protéger et à cacher ce que nous créons de précieux. Aujourd’hui, la plupart de nos logiciels sont open source, et certaines de ces publications sont même devenues des standards de l’industrie. tus et Uppy, par exemple, changent déjà la façon dont le monde envoie des fichiers. Ces produits servent donc non seulement de briques solides et de portes d’entrée attrayantes vers notre offre commerciale, mais apportent aussi davantage de valeur en étant gratuits pour tous. S’il y a une chose que la science nous enseigne, c’est que partager ses réalisations pour que d’autres puissent s’en servir de base mène à un progrès évolutif à une vitesse révolutionnaire.
Bien sûr, il peut sembler contre-intuitif de partager librement la propriété intellectuelle que vous avez eu tant de mal à bâtir. Il est certainement plus facile de mesurer combien de ressources sont « jetées par la fenêtre » que de déterminer les avantages exacts de l’open source. Pourtant, certains de ces avantages relèvent de la catégorie dite « Zero To One », au point que nous nous demandons si nous aurions pu connaître le moindre succès sans eux.
- Attirer des talents : de nombreuses entreprises peinent à recruter de bons développeurs, et cela leur coûte cher, alors que nous recevons bien plus de candidatures que nous ne pouvons en traiter, simplement en demandant autour de nous dans nos projets ouverts.
- Sécurité : en conséquence directe des excellents contacts que nous avons noués via nos projets open source, le code de Transloadit a été examiné de près par des ingénieurs de géants de la tech comme Google, Vimeo et Yahoo.
- Marketing : nous avons pu signer avec de grandes entreprises, car notre technologie y est adoptée de manière informelle, à l’initiative des développeurs qui nous connaissent de réputation.
- Puissance de développement brute : bien plus de développeurs travaillent sur nos logiciels que nous ne pourrions en salarier à ce stade.
Si nous devions payer pour ces avantages en R&D, en marketing et en recrutement, il deviendrait soudain évident qu’en partageant librement notre technologie, nous avons obtenu un succès que nous n’aurions pas pu nous offrir autrement sans lever de fonds. Ma prédiction pour l’avenir est que davantage d’entreprises commenceront à percevoir ces avantages. Je pense que 2018 sera considérée comme un tournant et que, dans 10 ans, les logiciels propriétaires ne serviront plus que de liant pour apporter les technologies et services ouverts au grand public.
